lundi 9 juillet 2012

Quand Héritage rime avec Courage... et Créativité


Comment réagiriez-vous si votre héritage était équivalent à 1 million d’euros de dettes et que vous étiez le fils de Françoise Sagan ?

Françoise Sagan est décédée en 2004, laissant derrière elle une quarantaine d’ouvrages mais aussi bon nombre de créances, dont le créancier principal, l’état, pour 60% de la dette.

Denis Westhoff, son fils, a mûri sa réflexion durant 3 ans avant d’accepter son héritage. Comment prendre une telle décision quand vous savez que l’échelonnement du paiement de cette dette durera entre 30 et 40 ans, alors que vous approcher vous-même de la cinquantaine ?

Outre Sa vérité sur la vie de sa mère, et de son père, le fils de Françoise et de Bob, nous raconte aussi dans son ouvrage, «Sagan et fils», comment il s’est battu pendant plus de 3 ans pour réunir les informations nécessaires, rencontrer les bons interlocuteurs, trouver des compromis pour lui permettre non seulement d’honorer les dettes de sa mère mais aussi et surtout sauver le patrimoine, culturel, que celle-ci avait produit durant toute son existence.

L’idée que Denis Westhoff ne pouvait pas supporter était celle que les éditeurs des œuvres de Françoise Sagan, et donc détenteurs des droits d’édition, pour la plupart n’honoraient plus leurs « contrats » en ne rééditant pas régulièrement ces ouvrages, et que cela avait comme conséquences de faire disparaître son œuvre, d’empêcher les lecteurs de découvrir ou de re-découvrir « La Sagan », mais aussi de ne pas permettre de générer de nouvelles ventes et donc de créer du revenu pour rembourser la dette…
Il en parle ici sur Europe 1 et ici dans un itw paru sur Têtu, au sujet de son combat pour la réédition des œuvres de sa mère en 2010.

Même si au fond de lui, ce fils d’une femme totalement « hors norme » au destin exceptionnel, a toujours su qu’il accepterait cet héritage, car il savait que c’était Sa mission… Grâce à ses conseillers, il a relevé ce défi en le concevant comme la création d’une entreprise, étudiant les rentrées et les sorties possibles, avec toutes les difficultés que peut avoir le fait de reprendre seul une entreprise avec 1 million d’euros de dettes !

J’ai été touchée par le récit de Denis Westhoff, la façon dont il partage avec le lecteur sa réalité, son choix motivé avant tout par la sauvegarde du patrimoine culturel que représente l’œuvre de sa mère, non pas pour s’enrichir loin de là, mais pour laver son honneur à elle et surtout faire en sorte que dans des générations, en France et ailleurs dans le monde, on puisse encore découvrir, aimer ou ne pas aimer un livre de Françoise Sagan.

Une expérience de vie qui n’est pas sans nous rappeler que finalement peu importe les difficultés que nous rencontrons dans la vie, dans nos business, celles-ci ont aussi la fonction de nous construire, de nous faire grandir et de nous enrichir avant tout humainement. Cette histoire n’est pas sans rappeler de nombreuses reprises d’entreprises familiales ou pas d’ailleurs, comme elle n’est pas sans nous rappeler aussi que nous pouvons, quand on y croit, surmonter bien des imprévus et arriver à trouver les solutions qui conviennent au développement de nos business même quand il s’agît d’une création. Finalement en acceptant son héritage Denis Westhoff a réagi comme un chef d’entreprise face à ses responsabilités, cherchant par tous les moyens à être innovant et créatif pour faire exister son patrimoine, veiller à ce que tout n’est pas été fait en vain et surtout à tout tenter pour ne pas avoir de regret… Denis Westhoff est photographe mais son activité à temps plein est aujourd’hui de gérer l’héritage lui venant de sa mère comme l’on gère un business, il a aussi créé une association et un prix littéraire .

Le titre que ce fils à donner à son livre, « Sagan et Fils » m’a sauté aux yeux, après la lecture de celui-ci. Il m’a fait pensé à toutes ces enseignes que l’on voit souvent sur les devantures des boutiques des artisans bouchers, plombiers, boulangers… de tous ces métiers-passions qui se transmettent de père (souvent) en fils pour faire perdurer tout le savoir-faire que les anciens leur ont transmis. « Sagan et fils » me dit tout cela, comme si parce  qu’il accepté son héritage ce fils pouvait désormais le transmettre, continuer à le faire vivre.

Pour moi Denis Westhoff ne s'est pas arrêté à ce qu'il voyait : 1 million d'euros de dettes ! Il a posé un autre regard sur la situation, il a su en percevoir, malgré la montagne de difficultés et de combats que cela allait représenter, tout le potentiel qu'il y avait à se battre pour défendre ses convictions et sa mission : que l'œuvre de sa mère ne disparaisse pas et que ce potentiel : créatif, culturel et financier ne meurt pas avec elle. Si il s'était arrêté à ce que lui renvoyaient la situation et les personnes qui l'entouraient, il aurait refusé l'héritage.
C'est sans doute parce qu'au delà de son héritage Denis Westhoff défend l'accès à la culture pour tous, qu'il en a eu la force :
"Ce que je veux défendre, c'est l'idée relativement simple qu'une vieille dame qui habite Limoges ou Montélimar puisse trouver LA CHAMADE chez son libraire, et ce sans avoir à dépenser trente euros".

Et comme je suis une des initiatrices du Cercle de Réflexions BEEZ&CO, Le Business sous un autre regard, cela va de soi que l’action de Denis Westhoff est, à mon avis, une façon de voir "Le business sous un autre regard", de ne pas oublier que notre action dans la société doit contribuer à l'amélioration de celle-ci, de gagner notre vie avec nos business, certes, mais on n'oubliant pas de créer de la valeur...

Vous l’aurez compris, je vous conseille vivement la lecture de cet ouvrage !

Si vous ne l’avez pas déjà vu, le film « Sagan » de Diane Kurys (2008), où Sylvie Testud y interprète Sagan de façon bluffante, est très instructif aussi pour découvrir, et même comprendre la vie de cette femme ultra moderne pour son époque, et qui a, c’est certain, grandement contribué au changement du statut des femmes dans notre société.



Ici une itw que Denis Westhoff a accordé à Paris Match, et sur Europe 1 en vidéo.
Les papiers de L’Express et des InRocks au sujet de la sortie de « Sagan et fils ».

Et pour nous rappeler à quel point cette femme était sans doute aussi polie et tolérante que nous le rapporte ces proches, l’interview décalée (certes très connue) que Pierre Desproges lui a fait « subir ».


Et si vous avez encore un peu de temps ;)... à écouter : l’émission L'humeur vagabonde sur France Inter, consacrée à Denis Westhoff et Françoise Sagan.

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